Blog à quatres mains et une truffe.Découverte de la France au gré de nos voyages
En Poitou il existait aussi des bateaux lavoirs à Châtellerault voici un extrait d’une conférence proposée par CCHA : centre châtelleraudais histoire et archives, traitant de ce sujet. Cette association propose bien d’autres sujets passionnants.
"Nous avons retrouvé la trace de 12 bateaux-lavoirs qui ont fonctionné de 1819 à 1923, dont 3 dans les années 1870 et une entreprise de laverie. Six anciens mariniers ont tenu des bateaux-lavoirs de 1846 à 1868.
Venant de Romorantin (Loir et Cher), Pierre Voisin, menuisier, désire amarrer sur la rive droite de la Vienne, face au collège un grand bateau de 38 m de long sur 5,20m de large.
Sa fille, Charlotte Doiseau-Voisin, interviewée voici 21 ans, dit que son père a été aidé par "le Loyauté" de Romorantin, sans doute un expert en la matière. Le bateau châtelleraudais, certainement le plus grand de tous ceux que la ville a connus, a coûté 18 000 francs en 1910.
Il se tient dans la descente de l'abreuvoir. Les propriétaires habitent deux pièces du rez-de-chaussée qui s'ouvrent du côté de Châteauneuf, au ras de l’eau. En cas de crue ils quittent le bateau. Le reste est occupé par une chaudière à charbon de bois, qui produit la vapeur envoyée par un tuyau muni de vannes dans les ponnes* en bois.
. Celles-ci, recouvertes d'une toile, sont au nombre de 7 à 8 contenant chacune 15 draps. Il en existe également une plus grande, pouvant recevoir 40 draps, ceux des hôtels, et les serviettes des coiffeurs. L'arrière du bateau est occupé par les plans inclinés sur lesquels les laveuses, agenouillées dans leurs cassettes, lavent puis rincent le linge.
Un grand séchoir occupe l'étage, séparé en deux parties, clos de grillage qui laisse passer le vent. Des poteaux de bois maintiennent le toit de tôles arrondies, surmonté par la cheminée qui évacue la fumée de la chaudière. En cas de mauvais temps, on dispose d'une pièce entièrement fermée et chauffée pour sécher le linge, située entre les deux séchoirs grillagés, sous la partie surélevée du toit. Dans chaque compartiment peuvent sécher 15 draps. Le toit arrondi déborde largement pour protéger les laveuses de la pluie.

Le bateau est écarté de la rive par de longs madriers afin que les laveuses puissent disposer d'eau profonde pour rincer.
Elles arrivent poussant la brouette pleine de linge, à la passerelle d'accès.
Le bateau est ouvert toute la semaine, sauf le dimanche. Pour deux sous de l’heure (10 centimes), elles peuvent franchir la passerelle.
La veille, les laveuses amènent le blanc, c'est à dire les draps, les nappes à bouillir qui sont placés dans les ponnes. Elles reviennent le lendemain, pour quelques heures, selon la quantité de linge, elles s'agenouillent dans les cassettes, sur un chiffon ou de la paille, trempent le linge dans l'eau, le savonnent, le brossent, le tapent avec le battoir, recommencent plusieurs fois si nécessaire avant de le rincer et de l'essorer vigoureusement.
Une trentaine de laveuses peuvent prendre place. Quand la lessive est terminée dans les ponnes, elles récupèrent au robinet le lessis* encore chaud qui coule dans des seaux et elles le revendent 2 sous le seau aux laveuses installées dans la descente de l'abreuvoir, récupérant ainsi une partie du droit d'entrée sur le bateau.
Le vendredi 1er mars 1923, alors que Madame Doiseau-Voisin est absente, la Vienne commence à monter, suite aux pluies continuelles de la semaine précédente. Le dimanche, à midi, la rivière atteint la cote maximum : 6,30 m
Les terribles inondations de 1913 sont encore présentes dans toutes les mémoires. Pensez donc, la crue était de 6,50 m (le record étant détenu par celle de 1698 : 6,77 m).
Alors les riverains sans tarder commencent à déménager leurs rez-de-chaussée. Bien leur en a pris, en effet le dimanche matin tout est sous les eaux, parfois les maisons baignent dans un mètre d'élément liquide ! Enfin, vers 13 h, la décrue s'amorce.
. Monsieur Voisin n’est pas là pour reculer à temps le bateau. La force du courant doit être terrible, le bateau cède aux flots impétueux qui l’entraînent jusqu'au pont de Loudun, contre les piles duquel il se fracasse. Nous imaginons le bruit produit lorsque le bateau se coupe littéralement en deux. Une partie reste prisonnière dans l'île Joany, une autre gît après le pont du chemin de fer, enfin le reste atterrit à La Borde.
Loin de se décourager, M..Voisin et sa fille récupèrent ce qu'ils peuvent des épaves : les pièces de la charpente. La chaudière reste au fond de l'eau. Monsieur Voisin récupère à Port de Piles les tôles du toit et construit avec cela un séchoir à 2 étages, près de l'actuelle école maternelle Marie Carpentier.
Charlotte Doiseau-Voisin ouvre alors une laverie-blanchisserie équipée d'un séchoir, rue de la Passerelle, en bordure de l'avenue Sainte-Catherine, qui fonctionne jusqu’en 1952. Elle achète une grosse machine à laver. On voit s'échapper la vapeur de gros tuyaux.
Elle passe son permis de conduire en 1936, chose rare pour une femme, à cette époque. Elle l'obtient, et au volant de sa B2, livre le linge propre à ses clients. Ces derniers sont les coiffeurs, le 14e R.T.A. qui fait appel à ses services.
En 1959, le séchoir disparaît
.La dernière tenancière de bateau-lavoir a passé sa retraite à Chatellerault, non loin de la rivière qui fut toute sa vie.
* Ponnes : cuves ou l'on fait tremper le linge
* lessi ou lessif: c'est le mélange eau et cendres danq lequel le linge va tremper parfois plusieurs jours